Twixt, pas un chef d'oeuvre...



... et c'est ce qui le rend tout à fait plaisant. Dès les premières images la volonté de construire un chef d’œuvre semble écartée ; le choix de la façon de filmer, d'appuyer quelques traits du genre (film d'épouvante) de façon un peu trop décalé nous met à l’abri de tout tape à l’œil et de démonstratif. Cette simplicité dans l'image et la narration participe à la réussite du film. Twixt propose le confort d'une vieille paire de chaussons. Quelques scènes sont très réussies, d'autres sont un peu bancales mais elles dégagent un parfum de film de genre des années 80 revisités 30 ans plus tard.


On pense à Tim Burton en plus épuré (Edouard aux mains d'argent), aux frères Coen (The Barber), à John Carpenter (L'antre de la folie) et à David Lynch (Twin Peaks). Le film aborde plusieurs thèmes : la perte d'un être aimé (un enfant), le processus de création artistique (traité avec un recul plaisant et une dose d'humour), le rejet d'une autre communauté/d'une autre génération (les jeunes de l'autre côté du lac) ; le temps qui passe, qui vient et qui est passé ; les fantômes. Le personnage central (un écrivain médiocre) est particulièrement bien joué par Val Kilmer et les rencontres avec Edgar Allan Poe (Ben Chaplin) sont un réel plaisir.

On ne ressort pas subjugué de Twixt, on peut même avoir ce sentiment, qu'il manque quelque chose au film... et pourtant il me semble que ce quelque chose coulerait l'étrange équilibre et la beauté légèrement gothique qui plane sur le film. Twixt propose des pistes sans les pousser trop loin, à nous de faire le chemin (ou pas). Il me semble que Francis Ford Coppola est arrivé à faire ici ce qu'il n'avait pas atteint avec son Dracula de carte postale. Twixt est aussi une carte postale, mais c'est une image qui possède déjà la patine (et le charme à venir) de notre époque. Un film jouissable sur lequel je me pencherai à nouveau lors de sa sortie en DVD.


Francis Ford Coppola, Twixt (USA, American Zoetrope Film, 2012)

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