Les Tours de Samarante ou accepter de se perdre...


Pour lire Les tours de Samarante il faut accepter plusieurs choses : premièrement de lire un écrivain qui a un style marqué ; deuxièmement accepter de se laisser submerger et de se perdre, de ne pas tout comprendre tout de suite ; et troisièmement accepter le postulat du genre science- fiction. Une fois ces points acceptés, vous pouvez découvrir un monde avec un background important (comme on disait du temps des jeux de rôles). Un background important, cela veut dire que l'on peut se représenter le monde décrit par le livre et y insuffler ses propres histoires.

Du style

Dès les premières phrases on le sent : Les tours de Samarante est un livre qui possède un style entre littérature populaire (pour la fluidité et la façon de décrire les scènes d'actions) et poésie pour les images et la particularité de description d'un autre monde. Le style est la manière dont l'auteur raconte une histoire, pas seulement la façon dont il l'écrit, mais aussi la façon dont l'écrivain agence la narration.


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Labyrinthus, vue aérienne de Y.Arthus-Bertrand


Accepter de se perdre

Nous voilà face à un puzzle, une histoire découpée. Que l'on se rassure cependant, les éléments se mettent en place et se rejoignent et ceux que l'on ne voit pas on peut les deviner ou, mieux, y songer. Il faut donc faire un effort, une chose de plus en plus mal vue dans la littérature où une partie de la production suit un moule industriel pour facilement s'écrire et mieux se vendre.




Le postulat SF

La science-fiction parle du monde en se projetant dans le futur (avec une mise en perspective des évolutions scientifiques et technologiques). Il y a un glossaire à la fin de livre de Merjagnan. Dans ce glossaire il y a le mot :

Lèpre n.f. - Terme populaire donné à un phénomène de dégénérescence des systèmes artificiels complexes (doctes, robots) ; maladie des machines. La Lèpre parasite les manoeuvres et les circuits de technigence qu'elle détourne de leur fonction initiale pour assurer sa reproduction et sa diffusion.

Voici le genre d'extrapolation qui me semble répondre au postulat SF : parler de notre monde, parler de nous et des autres en anticipant et dans un même temps poser la question de l'humanité des machines... Il y a dans la Lèpre une dose de fantastique, une projection du fantastique (ou de l'inexpliqué) dans la machine (la technologie, résultante de la science), c'est d'ailleurs un des thèmes que l'on peut extraire du livre. Le livre de Merjagnan injecte du cyberpunk (la description du réseau qui passe aux travers des constructions de la ville, notamment) dans une ambiance Space Opera (une autre planète ?) quelque peu post apocalyptique (ou pré-apocalyptique ?). Outre une réflexion sur l'organisation des groupes Les Tours de Samarante aborde aussi des pistes de réflexion sur l'art.

Norbert Merjagnan lors de la soirée J'aime pas la SF (Photo : Caroline de Benedetti)

Voilà le premier volume d'une trilogie qui s'annonce prometteuse, plurielle, surprenante et complexe. Treis, Altitude Zéro, le second tome toujours chez Lunes d'encre / Denoël, attend sur ma table de chevet. On en reparle prochainement, plus en détail dans L'Indic. Norbert Merjagnan était présent à la soirée J'aime pas la SF. Aux Utopiales de Nantes, il a répondu à la question : Que diriez-vous à quelqu'un qui n'aime pas la SF ?

 Et retrouvez Norbert Merjagnan comme invité de l'émission Fais pas ta rosière.

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